Débrouiller les embrouilles : la médiation par les pairs en milieu scolaire

Dans les écoles et les collèges, les élèves vivent régulièrement des disputes entre eux : insultes, bousculades, bagarres, …

Elles ont lieu dans la cour, les couloirs, la cantine, mais aussi parfois en classe ou hors de l’école. Au-delà du climat généré par ces conflits du quotidien, les adultes consacrent du temps et de l’énergie à les gérer.

S’inspirant d’expériences Québéquoises, l’association AMELY développe la médiation par les pairs en Auvergne-Rhône-Alpes depuis près de 30 ans. « La médiation scolaire est un moyen de gestion des petits conflits de la vie quotidienne entre élèves mais c’est aussi un processus éducatif, permettant aux élèves d’appréhender leurs relations sous un autre jour », explique  Sabine Morel, directrice d’AMELY à Lyon. Les témoignages des communautés éducatives des établissements le confirment :

"Le conflit est humain et l'école est un lieu d'apprentissage de la vie mais plus on apprend jeune à gérer les problèmes grâce à la discussion et plus ce sera bénéfique à l'âge adulte. » (Directrice d’une école à La Mulatière, 69)

"A mes yeux, cette formation fait partie de l'apprentissage de la citoyenneté au même titre que le brevet de secourisme" (CPE d’un collège de Bron, 69)

 


Des élèves médiateurs auprès de leurs camarades : ça marche !

La médiation par les pairs consiste à mettre en place dans les établissements une équipe d’élèves médiateurs formés à aider leurs camarades à dialoguer pour résoudre leurs disputes de manière équitable et sur le modèle gagnant-gagnant. « Qui, mieux qu’un autre enfant d’âge proche, peut comprendre aussi finement l’importance que prend telle ou telle situation, tel ou tel regard, telle ou telle insulte ? » explique Bénédicte Debise, directrice-adjointe et coordinatrice de la médiation scolaire à AMELY.

Il s’agit de faire confiance aux enfants. C’est d’ailleurs souvent le premier frein à la mise en place de la médiation par les pairs dans un établissement : est-ce bien le rôle des enfants ? L’expérience montre que 8 à 9 disputes sur 10 sont réglées en médiation dans les établissements qui l’ont mise en place, et que les enfants en sont très contents.

Au-delà de ces chiffres impressionnants, la médiation par les pairs permet de développer un projet civique au sein de l’établissement, qui offre plusieurs bienfaits :

Tout d’abord, elle donne aux élèves la possibilité de gérer entre eux une partie de leurs disputes du quotidien.

Les enfants gagnent aussi en autonomie, reconnaissance et responsabilité. Ils découvrent et pratiquent une écoute permettant la prise de recul sur les situations, la gestion des émotions, le dialogue et la recherche de solutions équitables (au lieu du bras de fer), et développent un vocabulaire et des formes d’expression enrichis. « J’ai compris que ça ne sert à rien de s’énerver contre les gens qu’on aime lors d’un conflit parce que la colère ne règle rien. », explique un élève.

Par ailleurs, les relations entre élèves et adultes gagnent en confiance mutuelle, respect et qualité de dialogue.

Les adultes restent informés et vigilants sur ce qui se passe, et peuvent se concentrer sur leur intervention dans les situations les plus graves : identifier et gérer le harcèlement, repérer du mal-être général, …

Enfin, elle permet d’obtenir  un climat scolaire et des relations sociales apaisés et renouvelés. Ainsi, "Pour tous les élèves, le rôle des médiateurs est important et pris très au sérieux. Le climat dans la cour s'est apaisé, les problèmes diminuent.", témoigne le directeur d’une école à Apprieu (38).

 


Quelques témoignages d’élèves :
La médiation m’a appris à avoir de la confiance en moi, à savoir régler les choses, les disputes, sans violence.
Je suis très fier parce que j’aide les autres.
Je me sens plus responsable
Ça m’a changée.
Je suis heureuse car on est fier de moi.
 

 

Former des élèves médiateurs

Après une première étape de sensibilisation, où nous travaillons avec les enfants sur les conflits et leur gestion, nous demandons aux enfants s’ils sont volontaires pour devenir médiateurs. « Au primaire, les ¾ des enfants sont volontaires ! Alors qu’ils ont pu voir que c’est difficile, grâce aux jeux de rôle que nous leur faisons faire », s’étonne encore avec enthousiasme Georgy, un formateur.

Une sélection est réalisée avec la communauté éducative, afin de constituer une équipe d’élèves filles et garçons,  aux compétences plurielles et complémentaires. Bénédicte DEBISE explique : « nous souhaitons constituer une équipe réunissant des élèves diversement à l’aise sur le plan scolaire, d’une part parce que leurs bulletins de notes ne valorisent pas leurs compétences humaines et relationnelles, d’autre part parce qu’il est important d’accorder de la confiance et de la reconnaissance aussi aux élèves moins scolaires. Nous observons que devenir médiateur aide certains élèves en difficulté à mieux appréhender et contrôler leurs émotions. C’est tout gagné ! »

Les médiateurs sélectionnés sont ensuite formés pendant 8h, à raison de 4 à 5 séances sur 1 mois à 1 mois et demi. Ils sont entre 16 et 24, selon la taille de l’établissement. Il s’agit le plus souvent des CE2 et CM1 ou d’élèves de 5e. « La médiation fonctionne très bien avec les élèves entre le CE1 et la 4e. Pour les plus âgés, le fait de passer par un tiers est plus compliqué, et donner à chacun des outils de gestion de leurs propres conflits semble mieux adapté aux besoins des adolescents et à leur construction en tant qu’adultes », précise Emilie, formatrice à AMELY.

Les futurs médiateurs travaillent à se présenter, rassurer les élèves en conflit, à pratiquer l’écoute active, animer un dialogue apaisé entre les élèves, synthétiser la situation sur une fiche, susciter la recherche de solutions par les élèves. Le tout, en se coordonnant avec leur binôme : eh oui, les enfants pratiquent la co-médiation, si possible en binôme fille-garçon. « Pas toujours facile au départ, indique Christiane, une formatrice, avec un clin d’œil amusé. Mais la formation sert aussi à cela : constituer des binômes complémentaires ».  Ils sont aussi responsabilisés quant à la veille sur les demandes de médiation (ils doivent relever une boîte aux lettres) et le lien avec l’adulte référent dans l’établissement. 

Plus tôt la formation a lieu dans l’année (au 1er trimestre, c’est idéal), plus tôt ils peuvent aider leurs camarades à dépasser leurs difficultés relationnelles. Les élèves restent en principe médiateurs sur 2 années scolaires au minimum mais certains poursuivent leur mission au-delà, parfois même après le primaire, pendant toutes leurs années de collège ! « On a 3 médiations par semaine, ça marche très bien ! », témoigne Nathalie, directrice d’école à Grenoble (38). Heureusement que les médiateurs sont nombreux dans cet établissement : les 7 binômes peuvent se relayer sans se lasser !

Au départ de l’école ou du collège, les élèves médiateurs se voient remettre un diplôme, qu’ils gardent précieusement pour le Brevet des collèges. De la même manière, les collégiens médiateurs pourront valoriser leur implication et leurs savoir-être au Brevet.

 


A savoir : la médiation par les pairs peut être l’occasion de projets inter-établissements entre écoles et collèges : quand des médiateurs formés au primaire arrivent, compétents, dans un collège qui participe au projet, ils peuvent continuer à être médiateurs s’ils le souhaitent, en lien étroit avec la communauté éducative. C’est le cas par exemple cette année avec une dynamique très forte sur Grenoble et Echirolles et depuis longtemps sur la commune de Rumilly (74).
 

 

Gérard Pérotto, Président d’AMELY, conclut :   « Cette activité de médiation par les pairs au sein de notre association est un de ses piliers avec l’accès au droit et la médiation citoyenne. Il est ancré depuis longtemps dans l’association et reflète notre volonté d’être engagés dans l’apprentissage de la citoyenneté de nos jeunes. Nous croyons aux vertus de l’éducation afin d’apporter notre contribution au mieux vivre ensemble »

 

Par Claire Bouteloup, formatrice pour AMELY en Loire, Haute-Loire, Ardèche, Drôme

 

Informations complémentaires

Vidéos

Une chronique radio de 20 minutes avec Bénédicte Debise, qui coordonne la médiation par les pairs à AMELY le 7 mai 2020 :

 

AMELY (Accès au droit et Médiation) est une association créée par Jean-Pierre Bonafé-Schmitt (chercheur et sociologue) en 1986, qui développe des lieux-ressources d’accès au droit et de médiation sur Lyon et son agglomération ainsi que la formation dans ces mêmes domaines.
Depuis 1993, AMELY a mis l’accent sur la formation à la médiation en milieu scolaire.
5 formateurs assurent ainsi la mise en place de programmes de médiation scolaire sur tout le territoire.
En privilégiant l’articulation accès au droit et médiation, AMELY développe aussi des actions auprès des jeunes visant à les aider à se positionner par rapport à la règle et former les citoyens de demain.
Elle est membre fondateur du Réseau National d’accès au droit et de Médiation (RENADEM) depuis 2006 et pilote le pôle « Médiation scolaire » du réseau. AMELY a obtenu en 2021 l’agrément des académies de Lyon et de Grenoble  et est enregistrée comme organisme de formation auprès de la Préfecture du Rhône.